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Article - Pratiques interculturelles et pensée métisse
Mai 2023 | Par Anne-Claire Orban, rencontrée par Xavier Briké

La tête qui tourne, le cœur qui brûle, la terre qui apaise : ethnographie au sein d’un jardin à visée thérapeutique à Wépion

Une tête qui tourne, par la mémoire des difficultés au pays ou un parcours d’exil violent, mais surtout, surtout, de par les conditions de vie dans les centres d’hébergement en Belgique.
Un cœur qui brûle, à force de penser à la mère, l’enfant qu’on ne reverra peut-être jamais, à force de souvenirs douloureux qui hantent le cœur, à force d’être face au passé, sans perspectives.
Une terre qui apaise, être dans l’ici et maintenant, humain face au monde, face une nature impartiale.

 

La biophilie, soit le fait « d’aimer le vivant », illustre le socle de l’hortithérapie : tout être humain aurait en lui ou en elle, une propension à aimer la nature et le vivant. Les premières études sur le sujet datent des années 1980, avec l’architecte américain Roger S. Ulrich. Ce dernier démontre un meilleur rétablissement chez les patient.e.s en chambre avec vue sur la nature plutôt que sur un mur de brique. Depuis, les recherches scientifiques sur les bienfaits de l’environnement sur la santé ont explosé dans le champ de la psychologie mais aussi de la santé physique1.

Le contact avec la nature aurait donc des effets bénéfiques pour l’ensemble des humains. Quelque chose d’universel. Dans ce contexte, comment cela se manifeste-t-il avec les personnes en situation d’exil ? Le contact avec la nature peut-il favoriser la résilience psycho-sociale de ces personnes ? Si oui, comment ?

Ce travail explore la mise en place d’un jardin à visée thérapeutique, outil privilégié de l’hortithérapie, avec des personnes en situation d’exil. Il met en lumière tant les bienfaits que les zones d’ombre. Au-delà des observations de terrain, il dénonce une réalité sombre : celle de l’« accueil » des personnes en demande d’asile, celle de leur fragilité émotionnelle. Ce travail se base sur des observations continues entre 2021 et 2023 et suit l’évolution d’une pratique professionnelle - celle de l’écothérapie- ainsi que d’une posture personnelle sans cesse en mutation au fur et à mesure des observations. 

 

Un contexte

« Tu seras médecin, ma fille ! ». Des mots entendus dès mon plus jeune âge. Est-ce ceux-ci qui m’ont poussée à opter pour un regard critique sur la façon de faire soin en Belgique et ailleurs par le détour de l’anthropologie médicale ? Peut-être. Sûrement. Un désir de questionner la façon de soigner, de remettre en question la posture de soignant, d’éclairer les zones d’ombre du monde d’Hippocrate. Et d’entrer dans la lignée de soignant.e.s de la famille (faire partie du clan tout de même !), tout en me positionnant à côté, pour exister par moi-même. Bref, ce petit détour d’introspection s’arrêtera ici. Cette situation familiale est toutefois à la base de ma réflexion sur le soin. Réflexion qui débute par un mémoire sur la prise en charge des personnes âgées en maison de repos, puis par des recherches sur l’impact du racisme structurel sur la santé mentale des personnes non-blanches, pour enfin se frotter réellement aux systèmes de santé en Belgique en s’intéressant à la santé mentale des personnes en situation d’exil, hébergées dans les lieux collectifs.

Un séjour de rupture de quelques mois en France, les mains dans la terre, à fendre des bûches, à gérer les agnelages multiples de vieilles brebis en pleine nuit, à tenter un potager en forêt (mauvaise idée…), à fait entrer l’environnement et la nature de manière plus concrète dans ma vie citadine. Durant ce séjour au milieu des bois et des moutons, j’ai ressenti personnellement les bienfaits d’un retour à la nature, tant physiquement, psychiquement que socialement. Jamais nous (avec mon compagnon) n’avions créé de liens si facilement avec les habitant.e.s du coin, tantôt en aidant l’un à nettoyer ses étables, tantôt l’autre à couper du bois, et en s’asseyant, le soir venu, autour d’un verre de vin, les corps fatigués du travail accompli.

2019 : Déménagement à Wépion, sur un site de 17ha, tenu par des Jésuites. Notre mission : gérer l’espace potager et l’espace verger. Un total de 3ha. Trop pour deux personnes. Je propose aux résident.e.s des centres croix-rouge de Jambes et Yvoir des activités de bénévolat au jardin. Plusieurs accrochent.

2020 : Crise sanitaire. Des résident.e.s d’Yvoir viennent régulièrement au jardin. Toutes les semaines. Le temps est magnifique. Nous travaillons dehors ensemble puis mangeons, assis.e.s dans l’herbe. Il me semblait que cela faisait beaucoup de bien aux 4 personnes qui venaient régulièrement. Un moment hors du temps, paisible, joyeux.

Et s’il était possible de combiner santé, social et nature ? Une intuition forte que ces trois domaines pouvaient être intimement liés. L’idée de concevoir un jardin à visée sociale et thérapeutique était née.

2021 : Premiers ateliers au jardin avec des personnes en situation de handicap.

2022 : « L’hortithérapie » ou « comment améliorer le bien-être global grâce à l’environnement et au jardinage ». Quelques clics sur google et une révélation… ! Je trouve dans cette approche tout le bagage théorique qui confirme mes intuitions. Enseignée pourtant depuis les années 70’ outre-Atlantique, cette discipline est inconnue en Belgique. Je m’y forme donc durant un an. L’examen de fin de formation prévu pour mai 2023.

Je prends confiance et ose le terme « hortithérapie » sur notre site et dans notre communication externe. Si en France, les ateliers d’hortithérapie semblent principalement destinés aux personnes âgées ou fortement fragilisées (démence avancée, troubles psychiques importants, …), je fais le pari d’ouvrir cette discipline à des profils moins « abimés » : personnes en situation d’exil, de précarité, de léger handicap, d’épuisement, de maladies chroniques, etc.

C’est un défi car la méthode traditionnellement enseignée est adaptée pour des personnes peu mobiles et nécessitant des soins médicaux. En effet, aux USA et Canada (pays innovateurs en la matière), le diplôme d’hortithérapeute nécessite 5 ans d’étude et comprend un volet médical et un volet horticulture. Les hortithérapeutes restent soignant.e.s avant tout.

Comment alors penser l’hortithérapie pour des personnes moins fragilisées, soumises à des sources de stress ou en situation de rupture sociale ?

Ce travail se penche spécifiquement sur mes observations avec un public en situation d’exil. Il met en lumière l’évolution de ma pensée et de ma pratique d’hortithérapie, sur base des expériences vécues au cours des trois dernières années à Wépion.

 

Des observations

Vous plongez dans mes observations comme suit : d’une vue méta, vous vous glissez de plus en plus proche des interactions. Vous commencez par une observation du cadre proposé, puis entrez dans le processus d’apprivoisement mutuel, pour terminer par la relation plus intime et l’échange de paroles précieuses. Vous terminez la lecture en reprenant un peu de hauteur avec une conclusion reprenant des considérations transversales. 

 

Respirer librement

Entre proposition...

Nul ne sert d’expliquer en détails en quoi la vie dans les centres d’hébergement teinte négativement le quotidien des demandeurs.euses d’asile. Plus que le teinter, elle le rend parfois invivable. Manque d’intimité, bruit permanent, incertitude du lendemain et de l’avenir, exclusion sociale, entourage constitué de personnes en souffrance, etc.

Simao : « La vie au centre, c’est dur… ». « Qu’est-ce qui est le plus dur ? » « Tout… Tout… c’est trop trop dur. Certains, ils paient et ils partent plus vite. D’autres… 2 ans, 3 ans… Et aucun moment tout seul. Tu vas n’importe où et il y a toujours quelqu’un pour te donner la parole. Pas possible d’être seul ». Il continue en racontant les vols de nourriture dans les frigos, le bruit constant, les appels des uns et des autres durant la nuit, le turn-over des compagnons de chambrée, etc.

Sam, depuis quelques mois à Belgrade, 23 ans : « les centres, ça casse la tête [il fait tourner son doigt à côté de son oreille] Ça tourne, ça tourne. Et on se rappelle plus de rien, on a plus de souvenirs. Venir ici [au jardin], ça fait du bien ».

Dans ce contexte anxiogène, les activités que l’on propose au jardin offrent une bulle d’oxygène, une pause dans un quotidien trop chargé. Une participante, Samira, le dit en ces termes : « ici on respire » et Almond, arrivé en Belgique à pied depuis la Turquie ajoute, à la suite d’un weekend en résidentiel en mai 2022 « ici, j’ai enfin pu dormir. Ça fait 4 ans que je ne dors pas. Ici, j’ai pu dormir. C’est bien ». Sachant à quel point les troubles du sommeil sont courants au sein de cette population (Larchanché 2017), la révélation d’Almond à la fin du weekend indique à quel point les activités, les relations créées, le cadre sécurisant du lieu ont joué un rôle apaisant sur ce dernier.

« Et les ateliers au jardin, ça te fait du bien aussi ? » demandai-je à Simao. « Oui oui ». « Qu’est ce qui te fait du bien ? » « … Être dehors déjà… La psychologue, elle dit qu’il faut faire du sport, sortir, pour arrêter de penser. Et ça me fait du bien. Je fais du sport souvent le matin. Je vais courir. 30 minutes. Ça fait du bien. »

Il semble que les journées au jardin permettent aux participant.e.s de mettre leurs pensées sur off. De se concentrer sur l’ici et maintenant. Je propose des tâches en fonction de la saisonnalité, de la météo, … Souvent ce qu’ils2 préfèrent, c’est de construire : cages à lapins, salon extérieur, abris à moutons, … il y a toujours plus d’adeptes que pour le désherbage !

 

...Et lâcher-prise

Un weekend résidentiel en novembre 2022 a fortement chamboulé ma manière de voir les journées au jardin. En effet, dès l’arrivée, nous (l’animateur et moi-même) avons complètement perdu prise quant à l’organisation du weekend. Le thème était « l’alimentation ». « Elles pourront cuisiner ? Et danser ? » nous avait demandé l’animateur du centre Croix-Rouge responsable de l’activité. A priori oui. Nous avions prévu des temps de préparation collective des repas. Or nous avons vite lâché prise face aux 8 femmes et 10 enfants arrivé.e.s sur le lieu le vendredi soir. Les femmes s’emparent de l’espace-temps : en cuisine du vendredi soir au dimanche après-midi, le temps devient celui de la cuisson du riz et de la confection des roulades de choux. L’espace se scinde entre « safe space » pour femmes dans la cuisine, où mon collègue masculin n’est pas le bienvenu, et espace extérieur où maris fumeurs et enfants joueurs se retrouvent.

Dans la cuisine, les femmes dont 4 Syriennes préparent des mets du pays. Une comprend un peu l’anglais. Mais dans cet espace sécurisé, on se sent en lien en tant que femmes. J’y suis avec ma fille de 1 an et demi. On échange sourire et clin d’œil face aux déboulements imprévisibles des autres enfants, curieux de ma petite fille. Avec l’une d’elle, on communique via Google Translate. Quelques informations échangées (les recettes de cuisine, l’école des enfants, la durée d’accueil en Belgique, …), qui valent bien moins que le moment passé à littéralement « être » ensemble et partager une ambiance. Le sourire aux lèvres, Amina me pose la main sur l’épaule à la fin de notre conversation. Un moment important pour moi, comme un signe d’acceptation de ma présence dans la pièce.

« On est en Syrie ici » me dit l’animateur. Et de fait. Perte de repères totales pour nous, « animateurs.trices » du weekend, qui deviendront bientôt spectateurs.trices, voire invité.e.s… Invité.e.s sur notre lieu, qui ne nous appartient alors plus, nous n’offrons que le décor. Elles amènent la scène et les personnages. 

Mon collègue tente de proposer des activités (découverte du lieu, balade avec les ânes, presse de jus de pomme, …) à horaires conventionnels selon nous mais le repas n’est jamais prêt à ce moment-là. Et de toute manière, ces activités n’intéressent pas le moins du monde les femmes présentes.

Les enfants s’animent seul.e.s. Ils jouent aux cartes et d’autres jouent au ballon dehors. Un jeu de carte et un ballon pour tout matériel d’animation. Et des enfants qui ont entre 4 et 16 ans. Le contraste avec le nombre de jeux de mes enfants me sidère… A eux aussi nous proposons des activités au jardin, mais iels préfèrent rester sous le porche, à côté des mères qui cuisinent.

A la fin du weekend, l’animateur, arabophone, traduit mes questions « qu’avez-vous aimé ? » « Cuisiner ! librement ! » « le lieu, c’est très beau ici, ça change du centre ». Derrière ce « librement », j’entends avec leurs aliments certes, mais surtout dans un espace-temps qu’elles ont créé. Un bout de Syrie durant 48 heures.

A quel point a-t-on besoin de proposer des animations lors des weekend résidentiel ? Qu’attendent les participant.e.s ? Suis-je entrain de reproduire la logique d’« activation » des bénéficiaires ? « Activation » que je décriais dans mon ethnographie en maison de repos et de soins à Bruxelles, justifiée par un objectif de « bien vieillir » : il faudrait « activer », « animer » les bénéficiaires pour un meilleur vieillissement. « Activation » pensée par les soignant.e.s ou éducateurs.trices, sans écoute des besoins spécifiques des personnes âgées qui ne demandaient pas mieux que d’être tranquilles et de continuer leur routine de leur vie d’avant3. Le parallèle est troublant…

 

Deux expériences contrastées entre les journées de chantier, auxquelles participent un grand nombre d’hommes. Et ce weekend basé sur l’alimentation qui a vu arriver une majorité de femmes et enfants. De manière spontanée évidemment.

Lors des journées chantier, je sens une envie d’être utile, de travailler, de bouger physiquement (j’y reviendrai). Tout le contraire de ce weekend résidentiel où il semble que le seul fait d’être en dehors du centre, à l’air libre, soit déjà une fin en soi. Et que le besoin primordial soit d’être « libre ». De pouvoir choisir. Pouvoir décider des espaces et du temps. Créer son propre cadre sécurisant.

J’ai été fortement inspirée de la revendication du droit à l’aisance, porté par le RWLP. Christine Mahy insiste sur ce besoin de souffler, de prendre du recul, d’avoir accès à la tranquillité et la sérénité, même le temps d’un week-end. Cette revendication trouve ici tout son sens. Dans une interview pour Le Ligueur, elle pointe expressément l’alimentation comme « quelque chose de très intime. L’alimentation, c’est ce qu’on fait dans sa cuisine quand on rentre chez soi, c’est ce qu’on va choisir au magasin, c’est une question de goût, c’est une question d’équipement de sa cuisine »4.

Ces femmes ont revendiqué ce de droit à l’aisance : le droit à retrouver une routine d’avant, sans effort d’activation. 

 

S’effacer, s’apprivoiser, s’affirmer

Au cours d’une même journée, les relations évoluent. J’ai nommé ceci le processus d’apprivoisement mutuel. En début d’activité, je demande toujours aux participant.e.s ce qu’ils et elles ont envie de faire. Je rappelle que rien n’est obligatoire. Qu’il y a un programme proposé, et que chacun.e peut se l’approprier. Ils et elles peuvent à tout moment s’arrêter, changer d’activité, se relaxer au soleil, etc.

Les réponses sont sans cesse identiques « On est là pour toi » ; « Toi, tu me dis ce que je dois faire » ; « C’est égal. C’est ce qu’il faut faire », haussements d’épaules... Je suis toujours devant une impossibilité de répondre à la question « Qu’est-ce que vous avez envie de faire ? ».

D’une première lecture, il semble que les personnes hébergées dans les lieux collectifs aient un besoin de donner. D’arrêter de recevoir. De se sentir utile pour quelqu’un. Pour quelque chose. Peut-être de marquer le sol quelque part, de laisser une trace ? J’y reviendrai. Plongeons d’abord dans l’univers du jardin de Wépion.

Tom, pakistanais, a vécu 10 ans en France puis 2 mois en Belgique. Un samedi matin de septembre 2022, il participe à l’activité : récolte et presse de pommes. En début de journée, je le sens plutôt tendu et nerveux. Il veut tout faire vite, et tout seul. À toutes mes propositions, il répond sèchement « Ok madam, Ok ». Il n’aime pas que j’explique le fonctionnement de la presse à pommes. Il se montre impatient. Il parle du centre Croix-Rouge et me dit qu’il a eu affaire à une « bad social », autrement dit, une mauvaise assistante sociale, qui lui aurait interdit de travailler. Il semble avoir pas mal de rancœur.

Le matin, le contact est difficile avec Tom. Je pèse ce que je dis. J’acquiesce quand il parle, même si je ne comprends pas.

Nous travaillons à trois, avec Boukar, qui parle parfaitement anglais. Le contact de Tom avec Boukar est difficile aussi. C’est tendu et désagréable. Vient le temps de midi, Tom demande à chauffer son plat de Byriani « I prefer it hot ». Il a apporté son tupperware. Il revient de la cuisine et propose de partager son riz avec ceux.celles qui veulent, mon collègue et moi tendons notre assiette. Il met un soin tout particulier à nous servir, en faisant de belles boules de riz avec sa cuillère « this is so », j’entends « c’est comme ça que ça se sert au pays ». Il semble être heureux de partager son plat. C’est lui qui a cuisiné. Son riz nous arrache la gorge ! Mon nez coule. Et évidemment, cela devient le sujet de conversation. « Nous les blancs5, on n’a pas l’habitude ». Tom rit.

Au cours de la journée, Tom s’apaise. Il est moins vif, semble moins sur les nerfs. Lorsque l’on début le pressage des pommes, il prend le rôle de technicien. « I do everything » me dit-il. Il a fait de nombreux boulots antérieurement. Il aime montrer qu’il touche à tout : il nettoie les tables avec des gestes efficaces. « Waw, what a professionnal way of cleaning » dis-je. « I must be clean ! » il répond. Plus tard, il a le tournevis en poche et on fait appel à lui pour démonter et remonter le broyeur qui cale lorsque trop plein. Il garde cette clé sur lui. Fin de journée, il semble détendu. Il me fait des clins d’œil quand je le taquine.

L’exemple de la relation avec Tom montre parfaitement le processus de méfiance/retrait, puis d’apprivoisement mutuel, et enfin d’affirmation de soi. Le sentant si tendu, j’ai tenté de le mettre en confiance, sans m’opposer à lui. Moi aussi j’avais peur de ses réactions... J’étais moi aussi méfiante et en retrait. La matinée n’était pas du tout agréable ni pour lui, j’imagine, ni pour moi. C’est le temps de midi, avec un nez qui coule, qui a fait basculer les choses. On entrait dans son monde. Un pas vers l’autre chacun. Pour terminer par une relation sereine, où chacun.e trouve sa place.

D’autres relations ont suivi le même cheminement.

Jahar, Erythrée, très taiseux. Il ne prononce presqu’aucun mot durant la première heure. Il s’écarte du groupe pour se consacrer au désherbage en solitaire. Je viens vers lui et travaille à ses côtés. Sans parler. Puis je lui demande ce qui lui manque d’Erythrée : « Food » dit-il. Et là, il me montre une multitude de vidéos sur la confection de plats érythréens, en parlant un anglais incompréhensible, mais plein d’énergie. Jahar embraye par la suite sur des photos de son chien, laissé au pays, et de sa maison là-bas. Il semble fier de partager cela. D’ailleurs, il ne s’arrête plus, les vidéos s’enchainent les unes après les autres. Dès ce moment, il se montre plus ouvert, il sourit, on communique. Il semble si fragile, il me touche beaucoup. Le soir même, 21h, il m’envoie un message : « Bonsoir, nous avons passé une belle journée avec vous et heureux de vous rencontrer, je vous souhaite une vie heureuse », « Hello Jahar, très chouette de t’avoir rencontré ! Merci d’être venu et reviens quand tu veux » « Merci ma chérie. Oui je viendrai constamment car j’aimes les lieux agricoles et calmes, pour éviter les désagréments. Si ça marche, je viendrai 4 jours par semaine ». Puis plus de nouvelles.

Babacar, Ethiopien, avril 2022. Il ne parle quasiment pas. Nous construisons des cabanes en bois. Babacar en construit une, seul. A la fin de l’activité, il vient vers moi « ça, c’est une maison de mon village en Ethiopie ». Il le redit plusieurs fois. Il semble fier. Ce seront ses seuls mots.

Ahmed, leader d’un groupe d’Afghans venus pour la journée. Ensemble on construit un salon extérieur à l’aide de souche de bois, disposées en cercle. « On » ou plutôt « ils ». Ils prennent les choses directement en main, de manière très sérieuse : l’un demande une ficelle pour faire un cercle parfait autour d’un arbre du verger. Je vais de temps en temps les voir mais ils me repoussent « come when finish » ! Je sens l’envie de construire seuls et de faire une surprise sur le résultat final. Quand c’est fini, le cercle est parfait. Je fais une photo avec chacun assis sur une souche, les jambes croisées comme pour une publicité. Ils veulent laisser leur trace : « Afghan Way » clame l’un deux « for facebook ! ». Ce jour-là, pour la première fois, un groupe me demande de partir plus tôt. « After that (la création du salon extérieur), we go » me dit Ahmed. Il est 14h, et l’activité termine officiellement à 16h. Je les reconduis donc au centre qui les héberge.

Avec un peu de recul, il me semble qu’en début d’activité, ils et elles « sont » toujours des « demandeurs.euses d’asile », habitués à suivre les règles, à se taire, ne pas faire de bruit, se plier aux procédures, se plier aux personnes blanches. Personnes blanches que je représente malgré moi. En suivant Jean Furtos, on pourrait avancer que ces personnes s’excluent du monde social, trop dur à affronter, « congèlent leur moi » pour un temps.

Peu à peu, le travail du sol, par les corps, le travail collectif, côte à côte avec des blanc.he.s, on sue ensemble. On a chaud ensemble. On mange ensemble. On construit ensemble. Le cadre est sécurisant. Il n’y a aucun enjeu à part le projet commun ici et maintenant. Les personnalités émergent, sous la forme de cabane du pays, de coups de loques vigoureux, ou de vidéos culinaires. Enfin, dernier stade du processus d’apprivoisement mutuel : la prise d’autonomie. Un groupe, plus confiant que des individus seuls, demande à partir plus tôt et à s’émanciper du programme convenu. Pour moi, c’est le signe d’un processus réussi ! Le signe d’une mise à égalité, d’un pouvoir partagé qui permet la prise d’autonomie et de liberté.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le processus d’« auto-exclusion » sociale et psychique que Jean Furtos élabore (2007). La « déshabitation de soi » est l’une des premières étapes de ce processus. Etape réversible. Jean Furtos parle d’anesthésie corporelle, qui empêche de ressentir les douleurs et d’en être affecté.e.s. J’ai l’impression que la plupart des participant.e.s flirte avec ce processus et leur impossibilité de citer ce qu’ils ou elles aiment, ce qu’ils ou elles ressentent, témoigne de cette première étape. Etape réversible, comme je disais. Car au cours de la journée, les émotions, les rires, les envies, s’élèvent petit à petit et les identités s’affirment doucement : les corps se réhabitent.

Ce processus d’apprivoisement mutuel ne se fait pas de manière naturelle. A l’instar de Jean-Claude Métraux qui propose de relier l’avant trauma et l’après trauma par des souvenirs positifs, Noune Kara Khanian, psycholoque à la clinique de l’exil, explique, elle aussi, à quel point remémorer des souvenirs positifs, des moments de fierté, de réussite, permet de retracer la biographie temporelle d’une personne et de créer des ponts entre hier, aujourd’hui et demain, entre ici et là-bas. Sensibilisée à ces discours, je me permets dès lors de diriger les discussions en ce sens : « Qu’est ce que tu faisais au pays ? Qu’est ce qui te manque le plus ? etc. ». J’y reviens tout de suite. 

 

Des paroles précieuses

Au début de mon activité professionnelle, jamais je n’osais parler du pays, de la famille, … Je n’osais pas aborder le hier, et encore moins le là-bas. J’avais peur de raviver des souffrances. Je me réfugiais dans l’action. Mon slogan personnel était « pas besoin de mots, on est en lien par les mains ». Ce qui n’est pas tout à fait faux. Au cours des expériences et des relations nouées, je me permettais d’aborder ces facettes de la vie des personnes en situation d’exil, seulement lorsqu’elles-mêmes avaient abordé le sujet au préalable, de manière spontanée. Les relations se nouent alors grâce au temps.

Puis vint cet épisode de mai 2022 :

Mamadou, 22 ans, de Guinée. Lors d’un atelier d’écriture pendant un week-end au jardin, il relate la traversée de la méditerranée, il se tape les poings sur la table en se remémorant son histoire. Il n’est que colère et rage : la mort de son cousin dans ses bras, la décharge des cadavres à la main, sans gants, à la demande de la police. Il dit : « J’ai laissé un bout de ma tête là-bas. Je suis ici, mais je suis pas ici. Je suis encore là-bas. Ça me brûle le cœur. J’attends mes papiers pour recommencer, pour avoir toute ma tête ». Plus tard, en grand groupe, la lecture des textes personnels est laissée libre. C’est au tour de Mamadou. « Mamadou, personne n’est obligé de parler » lui dit l’animatrice. Il répond : « Si, j’ai besoin de le dire. Je dois le dire. Je veux que les gens sachent. C’est important que les gens sachent ».

D’un point de vue analytique, il semble que Mamadou soit dans l’attente de redevenir lui-même. Il répond à ce que Jean-Claude Métraux nomme le « deuil de soi », suite au traumatisme. Ce traumatisme qui a coupé sa vie en deux : le Mamadou d’avant la mer et le Mamadou d’après.

Cet évènement a été très marquant pour moi. Mamadou avait besoin de dire. Besoin qu’on sache. Alors que cela semblait terriblement douloureux, l’enjeu de révéler ce qu’il a vécu lui donnait la force de continuer à parler. Ce moment m’a ouvert les yeux sur un besoin que je n’imaginais pas.

Peu à peu, et notamment suite à cette rencontre avec Mme Kara Khanian, je me suis lancée dans l’inconnu du hier et l’inconnu du là-bas : « que faisais-tu au pays ? tu as des enfants ? quel est l’aliment qui te manque le plus ? Que mangez-vous aux célébrations importantes ? Comment célébrez-vous vos morts ? etc ». Et peu à peu, suite à ma formation en hortithérapie et l’apprentissage de l’approche centrée sur la personne élaborée par le psychologue Carl Rogers, j’adopte une posture d’écoute de plus en plus prononcée. Ce qui amène, il me semble, les personnes à se confier d’autant plus.

Aboubakar, 35 ans, Sénégalais de Dakar. Un fils au pays. Vient régulièrement aux activités du jardin. Surtout pendant le COVID. Lors d’un week-end, l’un à côté de l’autre en train de retourner le sol, il me dit : « tu vois, ça [me montre les grosses cicatrices sur ses joues et dans son cou], ce sont mes beaux-frères qui me l’ont fait. Mais je le dis à personne », je regarde ses plaies. On pause nos outils. « Pourquoi tu ne le dis à personne ? Tu peux voir une psy au centre non ? » « Oui, mais je lui fais pas confiance. Et puis, elle veut toujours que je parle de ma mère [sa mère est morte l’année passée]. Mais moi, je veux pas ! Elle veut que je parle des problèmes. Moi je veux pas parler de ma maman, ça me rend trop triste ».

Avec Aboubakar, la relation est longue (2ans). Ses confidences se déroulent près d’un an après notre première rencontre. Ce qui est plus étonnant est la situation suivante :

Khaled, jeune demandeur d’asile. Octobre 2022, une journée au jardin, animée par mon collègue. Je viens en tant que participante, plutôt en fin de journée. Pendant que le groupe termine de ranger, je me tourne vers Khaled, qui s’est isolé un peu plus loin. Après quelques banalités sur la journée, je lui demande « Are you alright ? ». Il m’explique qu’il vit avec son frère qui a développé de lourds troubles psychiques depuis l’arrivée en Belgique. Il doit s’occuper de lui la journée et la nuit. Son frère arrive à dormir, mais lui, non. « Tu as pu en parler à quelqu’un ? » « No, you are the only person I said it ». Plus tard, nous communiquons par What’s app. Je prends des nouvelles de son frère qui est admis au centre carda. Khaled m’assure qu’il reviendra au jardin dès le printemps 2023.

Si je n’osais pas entrer dans l’univers de l’intime avec les personnes en situation d’exil, les expériences et rencontres passées (notamment grâce au SMCS), m’ont ouvert un nouvel angle de vue. Je me souviens de la discussion avec les psychologues du centre Carda de Liège où je défendais l’approche communautaire de la santé au détriment de l’approche individualisée. Anissa Tahri et Julie Lavaux insistaient sur l’importance de moment pour se poser, pour parler en sa langue, lors des entretiens individuels. Après cette présentation, je me sentais déjà plus à l’aise d’ouvrir un moment de discussion individuel. Et cela s’est révélé être une bonne chose à faire par la suite pour donner et recevoir ces « paroles précieuses ».

Selon Jean Furtos, ces paroles précieuses s’échangent lorsqu’il y a confiance dans le lien et que la personne qui les énonce sent que ces paroles ne seront pas diffusées. Sans plus m’étendre sur le sujet, je pense que ma position en tant que « rien du tout », ni assistante sociale, ni psychologue, ni avocate, ni…, ni… permet ces paroles précieuses. Je n’attends rien, juste ce que l’on veut me donner. La réflexion de Jean Furtos sur le don et contre-don m’a beaucoup touchée. Ces paroles sont des dons. Elles prennent une toute autre dimension lorsqu’on les regarde comme telles. Ceci me permet de passer sans transition au dernier élément de ce travail : la relation privilégiée. 

 

Exister pour quelqu’un quelque part

Ali, jeune Palestinien, depuis 5 mois en Belgique. Avril 2022. Ali est motivé pour l’ensemble de la journée. Il touche à tout. A la fin de la journée, Ali est le premier à vouloir donner son numéro et à prendre le mien. Je lui envoie quelques photos de la journée et il répond « Thank you very much. It was a wonderful day with you. We really had a great time. Nice to meet you 😊 I hope time permits and we can meet again. ». Quelques mois plus tard, pour la nouvelle année, je reçois « Hey Ana, How are you ? I hope you are fine. Happy new year 2023 ! Bonne année 😊 » - Happy New year Ali !!! Bonne année !! « 😊 ». Aucun contact entre avril et décembre.

Boukar est un ingénieur agronome turc, arrivé il y a 5 mois en Belgique. Lors de la fameuse journée de pressage de pommes, avec Tom, il engage la conversation avec moi. Il gérait une ferme en Turquie. Il pose des questions sur nos manières de faire et m’explique à quel point il est primordial de protéger les graines quand on sème, sinon il n’y a pas de rendement. Boukar ne parle qu’à moi et non avec les autres. Il se propose pour m’aider dans les tâches, et semble vouloir se séparer du groupe.

Si j’analyse les choses, je pense que Boukar se sent plus proche de moi, trentaine, universitaire, maraichère, que des autres du groupes. Il me semble qu’il a besoin de prendre distance avec l’exil et ses victimes, comme si lui, faisait partie d’un autre monde. Mais je n’irai pas plus loin.

Marcel est venu une seule journée au jardin, avec Sam. Taiseux au début, puis sur le temps de midi, ils me parlent de la vie dans le centre et des difficultés rencontrées. C’est surtout à la fin de l’activité, lorsque tout est rangé, qu’ils se sont changés, lorsqu’on se pose quelques minutes en attendant la camionnette Croix-Rouge qui viendra les chercher. À ce moment-là, tout sort. « Je peux t’expliquer mais tu comprendras jamais » : les difficultés de la vie au centre, l’incertitude de demain, l’attente, l’attente, l’attente qui colore le quotidien et entache toutes les activités. Marcel me parle beaucoup. Dès le soir même, il m’envoie un premier message « Bonsoir Claire ! Nous sommes bien arrivés ! Bonne soirée ! Marcel ! ». Je lui envoie les photos de la journée. Et à partir de là, je reçois des messages de Marcel régulièrement. Durant l’été, il m’appelle et me dit « je ne t’ai plus sentie ». Je comprends « je n’existais plus pour toi ». Marcel continuera à garder le contact de manière régulière : appels, messages, simples émojis. Jusqu’au jour où je reçois : « j’ai vraiment besoin d’avoir une femme ». Je le sens désolé et désespéré.

Les cas similaires sont, si pas nombreux, récurrents. Des participants me contactent de temps en temps, juste un petit message, une photo d’eux ou un smiley. Cela est très touchant, mais je pense que ce n’est pas dû à un capital sympathie extraordinaire de ma part… Cela reflète plutôt l’extrême fragilité affective dans laquelle ils sont enfermés. Ces jeunes hommes n’existent pour pas grand monde en Belgique. Leurs liens forts sont au pays.

Quand ils viennent au jardin, je prends soin d’eux. Je pense que peu de gens prennent soins d’eux, de manière simple et humaine, sans aucun enjeu, sans obligation professionnelle, au cours de leur demande d’asile. Peu de gens osent la relation et le lien. Dans ce contexte, il me semble que j’incarne une sorte de « porte de sortie », une « soupape », un rêve hors des murs et de la vie trop peu intime. Ils entretiennent une relation privilégiée avec une blanche, qui existe, à Namur. Peu importe le temps écoulé entre deux messages, peu importe le contenu échangé. C’est une relation nécessaire, je pense, pour leur santé mentale : exister pour quelqu’un quelque part.

Je suis bien consciente également d’un potentiel jeu de séduction, inhérent aux rapports de genre. La plupart des hommes sont célibataires, vivent dans des dortoirs, ont peu d’activités extérieures leur permettant de rencontrer des femmes. Entretenir une relation, même d’amitié avec une femme blanche, doit être valorisant.

Ce sentiment de « relation privilégiée » m’a une fois mis mal à l’aise. L’un d’eux m’envoyait trop de messages : « Bien dormi Anne ? <3 », « ça va Anne ? », il m’appelle de temps en temps. On papote un peu. Mais parfois, je ne réponds pas à ses appels. Il me demande de lui trouver une copine : « tu sais, j’ai vraiment besoin d’une copine. Et toi, tu peux m’aider ? ». J’ai senti que cela allait trop loin. Je me suis rétractée.

Récemment, Simao m’envoie ceci : « Salut Anne-Claire ! J’espère que tout va bien avec la famille, j’ai une énorme affection pour toi et c’est pourquoi j’ai besoin de te demander une grande aide pour que nous discutions de certaines choses, je ne sais pas quand ce sera libéré pour que nous puissions parler, et j’espère que je ne vous dérange pas non plus et merci beaucoup pour tout votre attention. J’envoie un bisou à Olga et Gustavo. ». Refroidie par la situation précédente, je ne suis pas confiante dans ce qui pourrait se passer. Je questionne mes limites. J’appréhende cette rencontre et préjuge d’une demande affective. Or il n’en est rien. Il s’agissait de questions administratives !

Si la situation précédente m’a beaucoup questionnée sur ma posture, cette dernière situation m’a rassurée : je me situe entre le professionnel et l’amitié, quelque chose de flou mais de réel et de profondément humain. 

 

Quelques brèves prises de conscience

Sans entrer dans plus de détails, j’aimerais terminer ce travail par quelques brèves prises de conscience, des éléments issus du terrain qui me font sans cesse améliorer ma pratique.

 

Le droit d'être fatigué

Fin d’une journée d’octobre 2022. Les quatre participants, les yeux droits sur leurs écrans, sont assis, le dos courbé, en attendant que je termine de ranger. Je me sens très mal à l’aise. J’ai l’impression que l’objectif de la journée (leur offrir un sas de décompression) a raté. La fin de l’activité est décousue. Je perds mes mots quand il s’agit de conclure. Je veux leur épargner de rester ici encore plus longtemps. Vite, je bâcle la fin du rangement. Lors du trajet retour, les discussions reprennent et sont légères. Ali me demande le chemin pour venir seul au jardin « quel bus ? quel arrêt ? », je comprends alors que tout n’est pas perdu… « Send me the picture » me demande-t-il aussi. Le lendemain, je reçois deux messages :

« Thank you very much, it was a wonderful day with you. We really had a great time. Nice to meet you 😊 I hope time permits and we can meet again. You are really lovely and kind person » il vient d’Ali.

« Bonsoir, je veux te vérifier. Je suis Wazir nous nous sommes rencontrés hier. Nous avons passé un bon moment… Hier j’étais un peu fatigué ». Là voilà la clé du mystère ! La fatigue ! Je lui réponds : « Aha normal 😉 moi aussi j’étais crevée ! ». Wazir : « [pouce levé] nous nous reverrons dans un autre temps ». « Revenez quand vous voulez le samedi ! Valéry peut venir vous chercher en voiture ». « Ok merci beaucoup tu es vraiment super ».

Je comprends que ce que j’avais pris pour de la démotivation en fin de journée pourrait simplement être de la fatigue… Dans un processus d’apprivoisement mutuel et de droit à l’aisance, on a le droit de se montrer fatigué non ? 

 

Du chronos au tempus

Lors du weekend entre femmes, nous avons été surpris par une temporalité tout autre. Les repas se prennent non pas à heures fixes, mais quand les plats sont chauds. Lors des chantiers au jardin, ce n’était pas rare que l’un des participant me dise « on mangera quand on aura fini ». Il y a ici chronos, le temps de la montre, qui affronte tempus, le temps des aliments qui cuisent, le temps des tâches à terminer… Une invitation au décentrement et au délaissement de la montre pour le temps réel des choses.

 

Se laisser inviter

Je reviens à ce weekend entre femmes, tellement formateur en termes de décentration. Pour le repas du soir, je proposais d’organiser un buffet où l’on inviterait les voisin.e.s du jardin. Grande exclamation de mon collègue qui me traite de néo-coloniale : « tu vas laisser des femmes exilées servir des Blancs ! ». A l’inverse, je voyais cela comme une occasion de faire découvrir des plats syriens à des personnes belges, une occasion de rendre les femmes fières de leur cuisine. Comme il organise le weekend, il décide des modalités du soir et opte pour une auberge espagnole, en invitant les voisin.e.s. Cependant, comme dis précédemment, les plats concoctés toute la journée par les femmes sont prêts à 17h30. Alors que l’auberge espagnole, ouverte aux voisins, est annoncée à 19h. Couac. Bon. On fait honneur aux femmes et nous mangeons tant que c’est chaud. 1h30 plus tard, les voisins arrivent. Et les femmes réchauffent les plats, servent à table, ne veulent surtout pas que quiconque se lève. Elles expliquent comment manger tel rouleau de chou, et quelle sauce associer avec quelle viande. C’est tout un art. On ne peut pas mélanger le riz avec les aubergines. Au final, les blanc.he.s auront été servi.e.s par les femmes en demande d’asile, à 19h. Et cela n’avait rien de néo-colonial. Non pas ici des paroles précieuses mais des plats précieux ! 

 

Observer sa propre pratique « malgré tout »

Quelques éléments méthodologiques pour terminer. Ce travail se base sur une ethnographie à Wépion. Les données ont été collectées entre 2020 et 2022 lors des activités de l’asbl « Le Jardin Animé ». Les données découlent principalement d’un processus d’observation participante. Faisant entièrement partie du jeu, en tant qu’animatrice sociale au sein de l’asbl, ma participation était entière. Tout comme mon observation.

Les données récoltées proviennent non pas d’entretiens individuels semi-directifs, mais de conversations éparses, régulières ou ponctuelles, avec les participant.e.s aux activités. J’ai retranscris ces données avec le plus de fidélité possible. Ce sont des noms d’emprunt. Lors des journées, j’adopte une position d’observatrice, notant des éléments révélateurs de l’état émotionnel des participant.e.s. En effet, mon travail consiste à créer un lien, grâce à un processus et une posture personnelle sans cesse adaptée, lien qui fera, à mon sens, soin. Ce travail met donc en lumière l’évolution du dispositif de soin mis en place. L’indicateur de réussite ou d’échec est principalement l’état émotionnel des participant.e.s. Dans ce sens, il s’agit d’observations plutôt que de récits à proprement parler.

Des récits de vie auraient-ils enrichi mon travail ? Peut-être. J’ai tenté deux entretiens individuels, sur proposition de Xavier. Cependant, je sens que cette méthode n’est pas « juste » dans la relation instituée. D’une part, les interlocuteurs interpellés pour ce travail ne comprenaient pas du tout l’objet de ma démarche. Ils répondaient par monosyllabes à mes questions relatives au jardin : « se sentir bien au jardin ? » semblait une question peu pertinente.

D’autre part, mon travail consiste à analyser l’instant présent. Tout étant dans la relation créée. Jamais je ne demande des informations sur l’histoire de vie des participant.e.s. Jamais je ne vais creuser dans le passé ou dans le là-bas. Je prends ce qu’on me donne, sans enjeu, sans chercher à savoir plus. Je profite des moments de pause pour entendre ce que les participant.e.s ont à me dire. Il me semble que c’est précisément cette posture qui permet la libération de la parole.

Enfin, une question logistique, peu de participant.e.s reviennent régulièrement au jardin. Si sur un an, je rencontre une soixantaine de personnes, au cours d’une douzaine de journées, avec seulement 3 d’entre eux (parmi les 5 venus régulièrement lors du confinement), une conversation plus profonde sur leur trajectoire de vie serait envisageable. L’un a accepté un entretien, le deuxième attend d’avoir plus de temps, le troisième a déménagé dans un autre centre.

Est-ce possible d’observer sa propre pratique ? De s’anthropologiser ? De se voir avec un œil nouveau ? Je reprendrai ici la proposition de Jean-Pierre Olivier De Sardan : « Celui qui parle ne nous intéresse, épistémologiquement parlant, que dans la mesure où ce qu'il peut nous dire de sa posture
personnelle est nécessaire à la compréhension de ce qu'il nous dit des autres » (De Sardan 2004). En effet, il me semble que mon auto-observation et la mise en scène du « je » dans cet article tend à cerner les effets d’un dispositif et d’une posture, créateurs de liens sociaux, dont les participant.e.s sont le miroir.

J’aime à terminer cette partie méthodologie par le concept de « métier » de l’anthropologue, avancé également par De Sardan, soit un « savoir-faire appris sur le tas ». Je me souviens d’un échange what’s app avec Xavier Briké, où suite à une intervention de sa part en cours, attirant l’attention à ne pas tomber dans du « mauvais journalisme » en parlant de mon terrain, je m’étais sentie obligée de justifier mes compétences d’ethnographe. Je le fis en ces termes : « c’est comme si tu réexpliquais à un ancien électricien comment changer une ampoule… L’anthropologie et sa méthode, ça reste dans le sang non ? ». Un métier appris sur le tas, au fil des expériences, mais un métier jamais acquis. Une posture et un regard en évolution permanente plutôt que des textes et des outils figés. C’est ainsi que j’ai mené ce terrain : me faire confiance quant à mes compétences d’anthropologue. 

 

Conclusion : Le lien humain au centre

« Cela fait du bien d’avoir des gens qui n’ont pas fait la psycho et qui pense le soin mental ! Les psychologues, ils proposent toujours la même chose, ce que vous proposez, c’est rafraichissant ! »
Charlotte Guiot, coordinatrice local – Psynam

 

Nature et Exil

L’hortithérapie a pour objectif principal d’améliorer le bien-être global en reconnectant les personnes avec l’environnement qui les entoure. De manière générale, cette reconnexion avec l’environnement apaise la personne, peu importe le trouble ou la pathologie.

Si l’hortithérapie est réservée aux personnes fortement abîmées ou fragilisées, tout mon travail tente à montrer que cette discipline peut être adaptée à des publics sortant des cases des services de santé mentale conventionnels.

 « C’est la première fois que je me suis sentie comme à la maison », nous dit Aurelia, via la traduction de sa fille. Cette femme albanaise a pu « travailler la terre comme chez elle » ajoute sa fille. Elle revit au jardin.

La médiation thérapeutique par le jardin me semble particulièrement pertinente dans le cas de personne en situation d’exil. En effet, beaucoup de participant.e.s venus au jardin sont familier.ère.s du travail de la terre, principalement au pays. La plupart ont des expériences à raconter sur leurs cultures maraichères, les outils utilisés, les animaux qu’ils élevaient. De plus, le rapport à la terre relève de l’intime pour certain. La terre du pays. Ce qui rend cet outil d’autant plus pertinent.

Le maraichage et le travail du sol semble plutôt séduire un public masculin. Un travail physique, extérieur, valorisant leurs compétences individuelles et collectives. De plus, « faire pousser », « entretenir le sol », semblent être des activités qui ont du sens pour ces hommes dénués d’activités : ils sont utiles pour quelqu’un, pour quelque chose. Ils ne travaillent pas pour eux, mais pour les autres, pour l’environnement, pour la nature, pour un lieu extérieur.

De plus, le travail commun permet de ne pas se regarder les un.e.s les autres mais ensemble dans une même direction. De côté l’identité de demandeur.euse d’asile. De côté l’identité d’exclu de la société. Du moins pour un temps.

Le travail de la terre permet également d’être ensemble dans un lieu calme. Au vu des conditions sonores dans lesquelles ces jeunes hommes vivent dans les centres d’hébergement, je pense qu’un lieu calme, vert, avec de la perspective, est déjà thérapeutique en soi. Apaisant. Pour ma part, il n’est pas rare que je respecte le silence : je travaille à côté, marche à côté, sans émettre de sons. Leur offrir aussi un moment de pause par l’ouïe. 

 

Les abonné.e.s absent.e.s

Il est toujours bon de questionner qui vient au jardin, mais surtout qui ne vient pas. Si j’ai évoqué la grande proportion d’hommes, ceci s’explique d’une part par la plus grande proportion d’hommes dans les centres avec lesquels nous travaillons, et de manière générale, la plus grande proportion d’hommes en demande d’asile en Belgique. Mais aussi par les activités proposées, qui tendent à être du domaine masculin : travail à l’extérieur, physique, enfants non admis (en vérité, ils le sont mais j’imagine que dans la présentation de nos activités dans les centres, on suppose qu’ils ne le sont pas).

Beaucoup de personnes s’attendent à être payées pour le travail fourni. Nous proposons du bénévolat, sans défraiement. Certains hommes s’inscrivent à nos activités, puis se désinscrivent lorsqu’ils apprennent le caractère gratuit de la journée. Nous proposons des activités pour se détendre, ils désirent des activités lucratives. Je réfléchis toujours à une meilleure communication pour toucher également ces hommes, en manque de tout. Mais je me demande s’ils ont l’espace mental disponible pour effectuer un bénévolat et penser à autre chose que leur grande précarité.

La plupart des participant.e.s souffrent de « précarité normale » (Furtos 2007) qui donne à ressentir ce que j’ai nommé intuitivement plus haut, une fragilité émotionnelle. Cette précarité normale, lorsqu’elle dysfonctionne, notamment suite à un manque de reconnaissance par les paires, engendre un manque de confiance en soi, en l’Autre et en l’avenir. Cependant, les participant.e.s présent.e.s lors des activités gardent l’énergie de bouger, d’être en contact, l’envie de s’inclure dans un groupe, l’envie d’être en lien. Toute une partie des personnes en situation d’exil vivant dans les centres d’hébergement souffrent certainement d’auto-exclusion : être objectivement exclu de la vie sociale et se sentir exclus de la société. Se renfermer pour ne pas souffrir. Ces personnes-là, je ne les touche pas.

 

Raciste malgré moi

Si je tente sans cesse d’améliorer ma pratique et de réduire les micro-agressions envers les personnes en situation d’exil, plusieurs erreurs me viennent toutefois en tête, éclairant les préjugés racistes qui me collent encore au cerveau.

Une règle au jardin : nous n’utilisons pas de matériel motorisé avec les participant.e.s. Or, lors d’un chantier au verger, nous taillons les arbres morts. Mon compagnon manie sa tronçonneuse. Un voisin, blanc également, est venu nous aider avec la sienne. Sur le verger, 6 personnes en demande d’asile et 2 amis à nous supplémentaires. Julien, notre ami, demande à tester la tronçonneuse. Mon compagnon lui permet. Constat : des personnes en demande d’asile ramasse le bois, et les blancs tronçonnent. Sur le coup, je n’ai pas réagi. Pourquoi ? Pourquoi ai-je accepté qu’un ami, peut-être bien moins compétent qu’un des participant, utilise l’appareil à moteur ? Pourquoi la règle n’est-elle pas semblable face à tous.tes ?

Nathalie, bénévole blanche du jardin, effectue de nombreux trajets entre la gare et le lieu des activités. Je la défraie sur base des kilomètres effectifs parcourus. Un samedi, Aboubakar propose d’effectuer le trajet du centre d’Yvoir au jardin, avec sa propre voiture. Je lui rembourserais les frais d’essence. Au moment de repartir, il me demande le remboursement. Je suis perdue. Complètement perdue sur la marche à suivre. Je lui tends 20€, de façon tout à fait arbitraire. Pourquoi ? Pourquoi n’ai-je pas appliqué la démarche standard de remboursement, basée sur les km effectifs ?

Ces deux exemples montrent à quel point, dans ma tête, je crée encore une barrière entre deux groupes : celui des demandeurs.euses d’asile et celui des blanc.he.s, que je classe comme plus professionnel.le.s. Deux groupes auxquels des règles différentes s’appliquent… Me rendre compte de cela me désespère… Le racisme est ancré bien au fond, il structure ma pensée et mon rapport au monde, et j’ai beau le savoir, je perpétue encore des inégalités de traitement.

Une autre situation révèle encore mon manque d’énergie à combattre le racisme et ses manifestations :

Le soir de cette fameuse auberge espagnole, les femmes nous invitent au salon, autour de thé et de graines de courge. Elles nous apprennent à les décortiquer : croquer une première fois à l’extrémité, puis une seconde fois au milieu de la coque pour dégager la graine. Elles rient de nous voir cracher la moitié de la coque… Marie-Jo, une participante blanche lance à haute voix « des graines ? C’est pour mon perroquet ça ! » Remarque déplacée, éclairant un profond ethnocentrisme. Et pourtant je ne réagis pas. Je me rassure par la suite : les femmes ne comprennent pas un mot de français, elles n’ont pas pu être blessées.

D’une part, cela me questionne sur la mixité des publics. Marie-Jo vit dans une situation d’extrême pauvreté, elle ne maitrise pas l’écriture, vit seule, en situation de handicap, ne voit personne de la semaine. Elle vient pour rencontrer des gens et sortir de son marasme. Mais elle véhicule des propos agressifs. D’autre part, dans cette situation, j’ai fait le choix de la protéger elle, au détriment des femmes en situation d’exil. Je n’ai pas relevé sa remarque. Ce qui est récurrent dans les milieux blancs : protéger l’agresseur.euse. Dur à accepter. 

 

Oser la relation pour faire soin

« Vous être personne et tout le monde en même temps si je comprends bien ? N’est-ce pas difficile de travailler dans ces conditions ? » Me demande Marie-Françoise Dispa, journaliste pour la Fondation Roi Baudouin. « Non. Je m’adapte à chaque personne et l’importance est le lien, la relation créé ».

Lors des activités, les participant.e.s rencontrent mes enfants, mon compagnon, entrent dans mon jardin privatif. De manière générale, ouvrir ma vie privée dans le cadre professionnel est un atout pour créer du lien. Surtout les enfants qui incarnent quelque chose d’universel, de rassembleur, peu importe la région du monde.

Les espaces de parole sont codés, nous dit Baptiste Godrie (2022). Et ce code est instauré par la personne qui gère l’espace. Il faut accepter que, gérant l’espace, j’impose un code, une norme. J’ai fait le choix du « flou ». Ce flou autour de mon statut, entre quelque chose comme l’amitié, même très brève, et la travailleuse sociale, apporte énormément dans les relations créées. Comme je l’indique dans ce travail, il semble que n’être dans aucune case permet une relation de confiance, et permet la libération de la parole. Inversion sémiologique paradoxale, dirait Jean Furtos. Les participant.e.s me racontent, car il n’y a aucun enjeu. Cependant, je n’arrêterais jamais de me poser la question : « est-ce que l’espace que j’instaure est-il assez sécurisant pour les participant.e.s ? ». Cette question traversera sans cesse ma pratique.

De manière plus générale, mon travail questionne la relation soignant/soigné. Il n’est pas rare qu’après une journée avec des personnes en situation d’exil, je me sente bien plus apaisée. Ils me remettent à ma place. Ici et maintenant. Je vis, grâce à eux, un moment privilégié, dans le lien et la relation. Qui soigne qui dans ce cas ?  Alors que les soignant.e.s sont invité.e.s à se préserver des relations amicales, mon travail montre à quel point cette « amitié professionnelle » fait soin.

De plus, il me semble que le travail socio-sanitaire consiste généralement dans l’activation des bénéficiaires. Or peut-être qu’accepter la fatigue, accepter ce droit de ne rien faire, ce droit aux vacances, etc. serait plus bénéfiques pour ces derniers ? Qui est-on pour « animer » d’autres personnes ?

Le rapport au temps dans l’accompagnement social peut également être questionné. Si nous avons l’habitude de penser en termes de matinée, après-midi, soirée, ces trois temps étant structurés par une montre et les trois repas journaliers, il semble que d’autres structurent leurs journées différemment, suivant le temps de la cuisson du poulet ou celui du travail accompli ? Qui doit s’adapter à qui ?

Cette position que j’affine, ce cadre qui évolue et ce regard sur ma pratique, permet, il me semble, de tendre de plus en plus vers ce que Jean-Claude Métraux propose : créer des auberges de l’hospitalité ou l’autre se sent en sécurité, où il peut se reposer et être reconnu avec diverses appartenances. Un lieu où il est possible d’ouvrir le congélateur.

Ce travail est une infime goutte d’eau, invisible derrière un roseau, lui-même caché derrière un gros chêne, dans les champs du travail social et du travail du soin. J’espère pourtant continuer ces recherches pour que ces questionnements débordent à l’extérieur du cadre du SMCS. 

 

Bibliographie

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Furtos J. (2007), « les effets cliniques de la souffrance psychique d’origine sociale », in Mental’Idée, septembre 2007, n°11, Souffrance et Société pp 24-33

Finan P. (2022), « The Effects of Sleep Deprivation », Jhons Hopkins medecine, en ligne : https://www.hopkinsmedicine.org/health/wellness-and-prevention/the-effects-of-sleep-deprivation

Godrie B. (2022), La participation des usagers en santé mentale, intervention dans le cadre du colloque La participation des usagers en santé mentale, Cresam, mai 2022. En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=8DyOFPNqEeo

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Janssens C (2022), « Les temps (hyper-)modernes» : tensions et symptômes actuels dans un monde accéléré », intervention dans le cadre du Colloque du RAT : Du choix au désir d’être soi, 28-29 janvier 2022

Larchanché S. (2017), « Souffrance psychique et parcours d’exil : quel impact des déterminants sociaux ? », dans Roland Coutanceau éd., Santé mentale et société, pp. 153-159. Paris: Dunod. https://doi.org/10.3917/dunod.couta.2017.02.0153

Lemaire S. (2010), « Bienfaits du végétal en ville », dans Service documentaire Plante & Cité, en ligne : https://www.plante-et-cite.fr/projet/fiche/32/beneveg_les_bienfaits_du_vegetal/n:24

Mahy C. (2022), intervention dans le cadre du Certificat santé mentale en contexte social, 04 février 2022, Bruxelles

Mahy C. (2022), « Les deniers publics, c’est vers la population qu’ils doivent revenir », dans Le Ligueur : https://leligueur.be/article/christine-mahy-les-deniers-publics-cest-vers-la-population-quils-doivent-revenir

Métraux J-C. (2022), Migrer, traduire, tisser en temps de crise, intervention dans le cadre du Certificat santé mentale en contexte social, 25 novembre 2022, Bruxelles

Olivier de Sardan J-P (2004), « La rigueur du qualitatif. L'anthropologie comme science empirique », dans Espaces Temps, 84-86, et L'opération épistémologique. Réfléchir les sciences sociales. pp. 38-50. https://www.persee.fr/docAsPDF/espat_0339-3267_2004_num_84_1_4237.pdf

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Wilson E. (1986), Biophilia, Harvard University Press, USA

 

 

1Voir notamment les recherches de Plantes et Cité : « les bienfaits du végétal en ville », https://www.plante-et-cite.fr/projet/fiche/32/beneveg_les_bienfaits_du_vegetal/n:24

2Lors des journées chantiers, ce sont principalement des hommes

3« La négociation de la prise en charge dans une maison de repos et de soins bruxelloise », Mémoire d’anthropologie – ULB - 2012

4https://leligueur.be/article/christine-mahy-les-deniers-p ;;nublics-cest-vers-la-population-quils-doivent-revenir

5Je parle facilement des « blanc.he.s » lors de mes conversations avec les demandeurs.euses d’asile non-blanc.he.s. Souvent, cela les étonne que je mette les mots dessus, mais cela libère la parole.